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La cloche d'or

Autrefois, à Chaudeyrolles, hommes et enfants travaillaient laborieusement dans le marais des Narces, en contrebas du village. Ils découpaient la tourbe. Les briques noirâtres entremêlées de débris de bois et de végétaux étaient mises à sécher sur place, puis stockées. Elles servaient de combustible pour alimenter le feu des fourneaux l'hiver ainsi que les chaudières pour nourrir les animaux de la ferme. A cette époque, la tourbe faisait fortune pour qui la vendait.

Dans le pays les langues allaient bon train, et il se disait qu'une énorme cloche était enfouie dans la tourbière. On aimait railler à ce sujet, à qui découvrirait le premier, un jour peut-être, cette cloche. Il ne va pas sans dire que celle-ci était bien évidemment habillée d'or…
D'ou venait-elle? Du "Chastelas" sans doute. On disait encore que le château du Mézenc renfermait quantité d'objets insolites et de valeur inestimable.
Les habitants du village rapportent que deux larrons des communes avoisinantes auraient réussi à dérober de la citadelle du Mézenc cette cloche en or et ce, malgré le risque encouru: celui de réveiller le diable. On disait que ce dernier était le gardien du château. Mais, curieusement, ce jour là, tourmenté par la malice en haillons, il aurait eu peur !

De retour, les deux compagnons ont enfoui précipitamment l'objet étincelant dans les marécages… Et pour preuve, cette nuit d'automne, quelques yeux indiscrets ont vu apparaître les pantomimes de deux ombres géantes dans la pénombre. Bastringues en besace, lestes, les deux malfaiteurs taraudaient les entrailles de la terre avec comme seul complice le doux regard de la lune. Et puis, joyeusement, les deux garnements trinquèrent à la fortune et à leur prospérité jusqu'à assoupissement… parmi les muses et esprits enchanteurs qui s'agrippaient au voile de la nuit. Le jour pointa enfin et la lumière inonda les hauts plateaux du Mézenc.

De ses mille feux, le soleil réveilla les deux gaillards tout étourdis, étalés à même le sol sableux. Depuis ce jour, pas une âme ne sut où fut dissimulée la cloche d'or, pas même nos deux compères. Depuis, dans les marais un léger tintement argentin se fait entendre en écho au son de clocher de l'église de Chaudeyrolles comme si les trésors devaient à tous jamais rester enfouis dans les entrailles de la terre pour n'apparaître que dans les songes…

Patricia Masson
D'après la tradition orale